La dépression est-elle une vraie maladie ?

La dépression touche un très grand nombre de personnes en France, et peut s’avérer particulièrement handicapante au quotidien. En tant que maladie, elle peut et doit être médicalement prise en charge, afin d’augmenter les chances de guérison complète.

Parole d'expert
Michel Benoit, psychiatre au CHU Pasteur de Nice
La dépression est-elle une vraie maladie ?

La dépression n’est pas un état passager, un moment de faiblesse, un simple « coup de cafard ». C’est une véritable maladie, avec des causes et des symptômes psychiques et physiques bien identifiés. Un suivi et un traitement thérapeutiques sont donc nécessaires pour soigner une personne dépressive. En guérir complètement est possible, à condition de respecter la prise en charge prescrite par le médecin traitant.

Comme de nombreuses maladies, une dépression mal soignée peut ne pas guérir. Tout au plus peut-elle engendrer une rémission naturelle, qui ne constitue en aucun cas une garantie de guérison. Mal ou non prise en charge, la dépression peut même devenir chronique.

La dépression peut être une maladie grave. La personne victime de dépression souffre à la fois psychologiquement et physiquement. Tous les aspects de sa vie quotidienne sont affectés. La dépression peut entraîner des pensées et des gestes suicidaires.

Enfin, la dépression peut prendre différentes formes, et évoluer de manière différente selon les personnes et l’intensité de la maladie. En moyenne, un épisode dépressif dure 6 mois1.

Une maladie très fréquente

En France, près de 8 millions de personnes ont vécu ou vivront une dépression au cours de leur vie2.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) :

- en 2020, la dépression sera au 2e rang des maladies les plus sévères en termes de coût global, après les maladies cardio-vasculaires3,

- en 2030, elle représentera la 1ère cause d’invalidité4.

La dépression est plus fréquente dans certaines tranches de la population. Elle touche :

- tous les âges (de 15 à 75 ans), et en particulier les 45-54 ans5,

- 2 fois plus les femmes que les hommes6.

Dépression et handicap

La dépression a un impact direct sur la santé de la personne atteinte, ainsi que sur sa vie affective, familiale, sociale, professionnelle… Elle peut ainsi s’avérer particulièrement handicapante.

- La dépression diminue la performance intellectuelle. Fatiguée, sans entrain et souffrant de difficultés de concentration, la personne dépressive se sent plus lente, moins efficace. Cela impacte son travail et ses activités extra-professionnelles, pour lesquelles elle ne ressent d’ailleurs plus aucun intérêt.

- La dépression diminue la performance physique. Généralement moins résistant à l’effort, le dépressif présente en outre des troubles du sommeil et de l’alimentation. Autant de dysfonctionnements qui altèrent sa forme physique.

- La dépression affecte la libido. La personne souffrant de dépression n’a plus d’intérêt pour la sexualité, et sa capacité à éprouver du plaisir est réduite.

- La dépression engendre des difficultés à communiquer. La victime s’isole, se sent incomprise mais n’a pas envie de s’expliquer. Cela peut engendrer des difficultés relationnelles, au-delà même de son entourage proche.

Plus l’épisode dépressif se prolongera, plus les conséquences sur de nombreux aspects de la vie seront importantes. Une prise en charge adaptée, sous forme de psychothérapie et/ou par la prise de médicaments, permet de combattre ces handicaps.

Et l’hérédité dans tout ça ?

Des études ont prouvé que les personnes dont les parents ont souffert de dépression dans leur vie présentent un risque accru de développer elles-mêmes une dépression7.

Cette « transmission » n’est pas systématique. Au sein d’une même fratrie, certains seront plus susceptibles que d’autres de développer une dépression.

Le seul facteur héréditaire ne suffit pas à déclencher une dépression : il faudra qu’un contexte spécifique et des causes précises soient associés pour que la dépression survienne.

Une dépression « héréditaire » n’est pas différente dans ses symptômes. Sa prise en charge sera la même que pour une dépression « classique ».

 

1 - La prise en charge d’un trouble dépressif récurrent ou persistant - Septembre 2010 - Haute Autorité de Santé - http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2010-11/trou...
2 - Anadep, la plus vaste enquête grand public sur la dépression en France - Dossier de presse mai 2009 - http://www.cfes.sante.fr/70000/dp/09/dp090619.pdf

3 - Olié E. and Courtet P. “Major depressive disorder: factors of risk, vulnerability and protection”. L’Encéphale 2010 Suplt 5, S117-S122
4 - World Health Organization. The global burden of disease : 2004 update.
5 - CépiDc. Effectifs de décès. Année 2009. Zone France métropolitaine.
6 - Bon usage des médicaments antidépresseurs dans le traitement des troubles dépressifs et des troubles anxieux de l’adulte, Argumentaire AFSSAPS, octobre 2006.
7 - McGuffin P. and Katz R. The genetics of depression and manic-depressive disorder. The British Journal of Psychiatry (1989) 155: 294-304.