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Septembre 2016
La dépression, une maladie causée par une forme rare d'inflammation ?

Il existerait un lien entre dépression et inflammation. C'est ce que suggère une étude menée sur des patients souffrant de mastocytose, une maladie rare qui provoque la multiplication de cellules inflammatoires dans l'organisme.

Quand on s’intéresse aux facteurs étiologiques de la dépression, les facteurs biologiques et psychosociaux sont si étroitement mêlés qu’il est souvent difficile de déterminer lesquels sont des facteurs déclencheurs. Au cours des dernières années, un nombre croissant de recherches a mis également en évidence la responsabilité de notre système immunitaire. L'activation de processus inflammatoires perturberait le fonctionnement du cerveau, altérant les systèmes neuronaux impliqués dans la régulation de l'humeur.

Au sein des hôpitaux parisiens Necker et Sainte-Anne, une équipe dirigée par le médecin Sophie Georgin-Lavialle s'est intéressée à un groupe de 54 adultes atteints de mastocytose. Pourquoi ? La moitié d’entre eux souffrent de symptômes dépressifs. L'étude portait sur 54 adultes atteints de cette forme rare d’inflammation, comparés à 54 adultes sains de même profil. Tous ont été soumis à une évaluation approfondie de leurs éventuels troubles dépressifs ainsi qu'à des analyses de sang.
 

Sur la piste de la sérotonine

Dans un premier temps, les chercheurs ont découvert que les sujets les plus dépressifs possédaient des concentrations sanguines plus faibles en tryptophane, acide aminé qui permet la synthèse de la sérotonine, le neurotransmetteur qui est la cible des antidépresseurs actuels. En suivant cette piste, ils ont observé que les malades atteints de mastocytose présentaient des taux plus faibles de sérotonine, mais affichaient des taux plus élevés de dérivés neurotoxiques du tryptophane tels que l'acide quinolinique. « Plutôt que de servir à la synthèse de sérotonine, la dégradation du tryptophane semble détournée pour produire ce type de composés neurotoxiques », analyse le docteur Raphaël Gaillard de l'hôpital Sainte-Anne dans une interview accordée à Science et Avenir.

Traitement : de nouvelles perspectives de recherche

Cette découverte ouvre des perspectives thérapeutiques. Parmi celles-ci : le recours possible à la kétamine dont l'une des propriétés est justement de bloquer les effets de l'acide quinolinique. Une autre piste consiste à tester l'effet de molécules capables d'empêcher les mastocytes de relâcher leurs molécules inflammatoires, et ainsi tenter d'éviter le détournement de la synthèse de sérotonine. De beaux chantiers en perspective pour les laboratoires de recherche.

Source
S Georgin-Lavialle et coll., Mast cells' involvement in inflammation pathways linked to depression : evidence in mastocytosis, Molecular Psychiatry, doi:10.1038/mp.2015.216, 2016.